Motions de censure : mon intervention
- Nicolas Robin
- il y a 4 jours
- 6 min de lecture

Examen des motions de censure du RN et de LFI le 25 février 2026 : j'ai défendu la position des députés
socialistes et apparentés, voici le texte et la vidéo de mon intervention :
Merci Madame la Présidente,
Monsieur le Premier ministre,
Chers collègues,
Réussir la transition énergétique, sortir de nos dépendances à des régimes autoritaires, protéger le pouvoir d’achat des Français, renforcer la compétitivité de nos entreprises. Voilà des défis vitaux qui doivent mobiliser nos énergies. Des défis qui exigent rigueur et ambition. Des défis qui appellent une vision de long terme.
Mais le premier quinquennat d’Emmanuel Macron a été marqué par des revirements à 180 degrés et ses gouvernements successifs ont été incapables de faire adopter une loi de programmation énergétique. Pendant trois années, industries de l’énergie, salariés, collectivités locales ont donc attendu la publication d’une Programmation pluriannuelle de l’énergie. Trois années de retard avec des conséquences concrètes pour nos emplois et nos objectifs climatiques.
Les scientifiques nous alertent pourtant : la trajectoire d’un réchauffement limité à 1,5 °C est désormais hors de portée. L’urgence climatique et énergétique se fait chaque jour plus pressante. Incendies, tempêtes, inondations : les catastrophes naturelles se succèdent. Et la situation internationale rappelle que notre souveraineté énergétique est un enjeu crucial.
Plus de dix ans après l’accord de Paris sur le climat, la France demeure largement en retard sur ses objectifs. Il y a urgence à agir.
Mais pendant que notre planète brûle, la motion de censure du Rassemblement national nous appelle à regarder ailleurs. Vous nous avez habitué à des discours dangereux. Aujourd’hui, c’est à notre environnement et à nos souverainetés que vos postures idéologiques portent atteintes. Vous opposez climat et progrès. Vous instrumentalisez les inquiétudes au lieu de chercher à y apporter des solutions.
Vous prétendez défendre le pouvoir d’achat des Françaises et des Français. Mais vous vous êtes opposés à toutes les mesures qui leur auraient permis de réduire leurs factures énergétiques. Isoler nos logements, nos bâtiments ? Vous votez contre !
En caricaturant les objectifs de sobriété, en refusant l’idée de réduire nos consommations énergétiques, vous ralentissez la transition énergétique, comme s’il n’y avait pas d’urgence à agir.
En freinant toute incitation à la sortie des énergies fossiles, vous entretenez nos importations d’hydrocarbures. Vous maintenez nos dépendances à des dirigeants autoritaires qui cherchent à nuire à nos propres intérêts. Vous nous laissez entre les mains de dirigeants qui vous fascinent - Poutine, Trump, les pétromonarchies. Des dirigeants qui font de la dépendance au pétrole et au gaz un levier de puissance.
Votre projet énergétique, nous le connaissons. Des choix idéologiques. Celui du tout nucléaire contre les énergies renouvelables.
- Au mépris de la capacité financière et industrielle d’EDF à assumer cette voie.
- Au mépris encore une fois de notre souveraineté. Vous qui soutenez l’importation de réacteurs étrangers pour accompagner un plan démesuré de relance du nucléaire.
- Au mépris aussi du pouvoir d’achat des ménages et de la compétitivité des entreprises. Vous vous êtes enfermés dans l’idée que le nouveau nucléaire serait disponible au même prix que le nucléaire historique déjà amorti.
Aucun nouveau réacteur ne produira d’électricité avant au moins douze ans. Comment soutenir alors d’ici là la décarbonation de nos logements, de nos déplacements et de nos industries ? Le maintien des énergies fossiles, encore et toujours ! En refusant tout nouveau projet EnR, vous raréfiez l’électricité pourtant indispensable à l’adaptation de notre tissu industriel. Vous fragilisez nos industries et vous nous condamnez à rester les vassaux numériques de nos partenaires économiques.
S’opposer aux énergies renouvelables, refuser la sobriété énergétique ce n’est pas défendre la souveraineté, c’est accepter de rester dépendants de puissances étrangères. C’est prolonger le modèle de dépendance dont l’Europe tente de sortir depuis l’attaque lancée par Poutine contre l’Ukraine il y a 4 ans.
Soutenir le développement des énergies renouvelables, ce n’est pas seulement produire de l’énergie décarbonée. C’est aussi défendre des projets qui font vivre nos territoires. C’est renforcer un tissu d’entreprises qui s’y est développé et les emplois qu’il a fait émerger. Le 10 février dernier, salariés et entreprises du secteur se sont mobilisés pour rappeler une réalité simple : sans visibilité, les projets s’arrêtent. Les investissements se délocalisent. Les emplois disparaissent. Les conséquences des revirements des différents gouvernement Macron, d’une incapacité à mener un débat ambitieux et rationnel.
Députés socialistes, écologistes, insoumis, nous étions présents à leur rassemblement. Ces salariés et ces entrepreneurs ont appelé à la publication rapide d’une PPE. Nécessaire pour préserver leurs emplois. Nécessaire pour maintenir un tissu industriel qui doit conforter nos souverainetés. Nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques.
La programmation énergétique pose des questions majeures sur le plan environnemental, économique, social et diplomatique. Elle nécessite un débat parlementaire approfondi. Il n’a jamais eu lieu. Il doit avoir lieu. Monsieur le Premier ministre, vous avez signé un décret pour sortir de l’impasse que vous et vos prédécesseurs avez créée. Bien que nous considérions que le statu quo ne pouvait pas être une option nous dénonçons l’entêtement du socle commun et son incapacité à aboutir à un compromis. Le chemin naturel de la PPE, c’est une loi, pas un décret. Quels engagements prenez-vous, Monsieur le Premier minsitre, pour associer maintenant le Parlement à l’avenir énergétique du pays ? Pour donner aux défis qui sont devant nous la force et la solidité que confère le débat parlementaire ?
La motion de censure du groupe des députés insoumis rejette le développement de nouvelles capacités nucléaires. Pourtant, si tendre vers un mix 100% renouvelable est souhaitable, cet objectif ne pourra pas être atteint d’ici 2050. Un mix 100% décarboné doit être notre première cible. Le nucléaire couvre aujourd’hui près de 70% de nos besoins électriques. Il nous permet de limiter nos dépendances au gaz russe et assure la stabilité du système électrique. Nous ne pourrons pas sortir simultanément des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire. Le passage vers un mix 100% renouvelable pose encore des défis majeurs, tant sur le plan industriel, technique, sociétal qu’économique. Alors que le parc nucléaire historique sera amené à décroître massivement durant la décennie 2040, renoncer à lancer de nouvelles capacités nucléaires ferait peser sur notre pays un risque déraisonnable. Nous soutenons donc les investissements dans la prolongation de la durée d’exploitation des installations nucléaires existantes et le lancement d’une série limitée de nouveaux réacteurs, 6, en complément d’un investissement massif dans les énergies renouvelables.
Le groupe des députés socialistes et apparentés ne soutiendra donc pas cette motion de censure.
Si nous avions besoin d’une feuille de route, nous avions besoin d’une feuille de route ambitieuse. Celle de votre gouvernement, Monsieur le Premier ministre, permet de débloquer une situation devenue insoutenable. Mais elle ne permet pas de répondre pleinement aux enjeux climatiques et de souveraineté. Elle manque d’ambition. Alors que la stratégie énergétique doit s’inscrire sur le temps long, la PPE 3 porte une vision court-termiste. Vous ralentissez le rythme de développement des énergies renouvelables au motif que l’électrification prend du retard. Mais si l’électrification est en retard, il faut accélérer. Pas freiner. Avec cette PPE, votre gouvernement renonce à rattraper le retard constaté.
La révision à la baisse des objectifs Enr est préoccupante. Ce n’est pas un simple ajustement technique. C’est moins d’investissements, moins d’emplois, moins de structuration pour les filières françaises. C’est un affaiblissement industriel et stratégique autant qu’une frilosité écologique.
Je vais être clair : nous considérons cette PPE comme un moyen de débloquer une situation que vous avez rendue insoutenable. Elle devra être rapidement révisée et la question énergétique sera au cœur du débat démocratique de 2027.
Avec les députés du groupe socialiste et apparentés, nous continuerons à porter l’exigence d’une politique énergétique ambitieuse.
Une stratégie énergétique fondée sur trois impératifs : la lutte contre le dérèglement climatique, la garantie de notre souveraineté énergétique, et l’accès de toutes et tous à une énergie abordable.
Une stratégie qui repose sur 4 axes :
- D’abord la sobriété et l’efficacité énergétique. A cet égard, les investissements dans l’isolation des bâtiments doivent être renforcés et les « stop and go » sur des politiques comme MaPrimeRénov’ doivent être arrêtés.
- Ensuite, l’électrification des mobilités, du bâtiment et de l’industrie. Mais rien ne sera possible sans un accompagnement social des classes moyennes et populaires. Il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale. Monsieur le Premier ministre, vous aviez annoncé une baisse significative des factures d’électricité. Finalement, les foyers français auront eu une baisse de moins de 75 centimes par mois. Le sujet est-il clos pour vous ? Pour nous, il ne l’est pas.
- Troisième axe : le soutien massif au développement des énergies renouvelables. Avec des filières françaises et européennes. Il n’y aura pas de transition énergétique sans souveraineté industrielle.
- Enfin : Un investissement mesuré dans un nucléaire public pour accompagner l’arrêt à venir du nucléaire historique.
Alors que tout nous appelle à agir rapidement et avec ambition, les députés du groupe socialiste et apparentés ne céderont ni aux renoncements du gouvernement ni aux impasses idéologiques. Nous faisons face à un défi colossal qui engage les décennies à venir. Nous continuerons à faire des enjeux énergétiques une priorité pour porter une voie écologique, sociale et souveraine.



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