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J'interpelle Mme la ministre sur l'adoption de véritables stratégies numériques en France




Merci Monsieur le président, Mme la ministre,


Dans le développement de l’économie du numérique, la France, et plus largement l’Europe, accusent un retard préoccupant. Si, au cours du XXe siècle, notre pays a su développer des filières industrielles dans les secteurs en expansion (transports, énergie, aérospatiale, etc.), il a ensuite « raté » une série d’opportunités – les télécommunications, l’internet et, on peut craindre maintenant, l’intelligence artificielle. Ces domaines sont en effet largement dominés par des acteurs américains, concurrencés par des acteurs chinois.


Cette situation pèse de manière évidente sur nos emplois, mais aussi sur notre indépendance : nos données sont stockées, traitées, transportées par des infrastructures, des algorithmes et des data centers dont le contrôle nous échappe largement ; mais notre faiblesse ne se limite pas à cela, car une large part de l’information transite par des réseaux peu scrupuleux à l’égard de la qualité des contenus diffusés – je pense évidemment à X d’Elon Musk, à Meta, mais aussi à TikTok, qui a, par exemple, été le vecteur d’ingérences étrangères dans plusieurs scrutins sur le continent européen.


La décision récente de l’administration Trump d’interdire l’entrée sur le territoire américain à M. Thierry Breton et à quatre autres personnalités engagées pour une régulation des géants américains de la tech illustre le caractère central de cet enjeu. L’absence de réaction concrète de la part de la France et de l’Union européenne montre notre faiblesse.

L’enjeu énergétique ne doit pas non plus être négligé. Une étude de l’Agence de la transition écologique (Ademe) publiée la semaine dernière montre que, dans un scénario prolongeant la tendance actuelle, les besoins énergétiques liés à des centres de données situés à l’étranger mais répondant aux usages numériques des Français seraient multipliés par quatorze d’ici à 2050. Ce chiffre rappelle l’impératif de sobriété numérique, mais aussi la nécessité de relocaliser l’activité numérique sur notre territoire, qui dispose d’un mix électrique largement décarboné.


Au total, il est urgent de bâtir une véritable stratégie numérique et d’en faire un objectif stratégique national majeur. C’est l’un des axes du rapport Draghi. Malgré ces retards, la France dispose d’atouts réels pour faire émerger des champions de l’IA. Je pense aux jeunes chercheurs et jeunes ingénieurs qui, faute d’opportunités en France, vont exercer leur talent à l’étranger. Je pense aussi à notre électricité bas-carbone. Toutefois, l’écart avec nos concurrents américains et chinois s’accentue. Huit ans après la publication du rapport Villani sur l’IA, notre retard industriel s’est accru et notre dépendance s’est aggravée.


Notre pays et notre continent ne peuvent pas se contenter d’un rôle de régulateur d’innovations conçues ailleurs et imposées à nos économies. Nous avons besoin d’un projet national comme notre pays l’a connu dans le développement des industries du XXe siècle que j’évoquais tout à l’heure. Or, je n’ai rien entendu dans votre propos liminaire qui soit de nature à changer réellement la donne. Quelle décision structurante le Gouvernement est-il aujourd’hui prêt à prendre pour inverser réellement cette trajectoire ?


Merci.


Retrouvez la vidéo de mon intervention: https://www.youtube.com/watch?v=aXoBwh8l2mM


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